L'aube fleurie

L'aube fleurie

Apparence

                                             

              

                                                                                                 

 

 

            Je me demande parfois quelle serait ma vision du monde qui nous entoure si j'avais la taille d'une fourmi ou si je vivais comme un oiseau.

Dans le premier cas, il est probable que chaque brin d'herbe représenterait un arbre à mes yeux, que les bosses du terrain seraient autant de montagnes, le moindre caillou un roc infranchissable et que je devrais faire très attention à ne pas tomber dans les précipices que représentent les moindres aspérités du sol.

Dans le second cas, j'aurais une vision d'ensemble beaucoup plus vaste des choses et des gens. Je verrais ces derniers tout petits et ne croiserais plus leurs regards, sauf bien sûr, ceux des plus curieux, des plus ouverts sur le monde. J'évoluerais sereinement dans une dimension inaccessible à l'être humain originel, c'est-à-dire à celui qui n'a aucun moyen technologique à sa disposition pour y parvenir. Dès lors, ce dernier m'apparaîtrait inoffensif puisqu'il ne pourrait m'atteindre ni me nuire. Je vivrais alors dans une béatitude de chaque instant où je pourrais observer le monde et apprécier sa beauté sans craindre ses revers. Jusqu'au jour où la balle meurtrière d'un chasseur me foudroierait en plein vol, sans que j'aie eu le temps de réaliser que je n'étais pas si invincible que je le pensais.

 

            Car tout n'est qu'apparence. La cellule que nous pouvons observer au microscope est invisible à l'œil nu et nul ne saurait dire, à la vue d'une goutte de sang que celle-ci contient des milliers d'éléments. La terre, vue d'en bas, nous paraît être un monde gigantesque dont nous ne pourrons, en toute une vie, ne connaître qu'une infime partie. Et pourtant, n'importe quel astronaute ayant eu la chance d'explorer l'espace, peut affirmer que la terre, vue d'en haut, est une toute petite sphère joliment bleutée, qui devient un point de plus en plus minuscule au fur et à mesure qu'il s'en éloigne. Comment réagirait-il s'il ne l'avait jamais vue sous l'aspect que nous connaissons ? Il est probable que, si nous lui affirmions que la terre est immense, il nous regarderait avec des yeux ahuris et nous rétorquerait que nous avons tort. Cependant, nous avons raison. Et pourtant, lui aussi a raison. Alors, comment la définir cette sphère ? Est-ce notre vision qui est la bonne ou celle de l'explorateur de l'espace ? La terre est-elle minuscule ou immensément grande ? Est-il possible de la définir dans l'absolu ?

 

            D'une certaine façon, toute chose existant dans l'absolu devient illusion dès qu'elle passe par le prisme de nos regards. Il en va des choses comme des êtres vivants et des événements. Le savoir, l'admettre et l'expérimenter nous aiderait sûrement, je pense, à être plus tolérants envers l'autre, celui qui n'a pas toujours la même vision des êtres et des choses que nous-même.

 

Pour l'un, la vue d'un paysage campagnard baignant dans la lumière d'un soleil éclatant est la plus belle chose au monde et il en ressentira même peut-être le désir profond de  graver pour toujours cette image dans la mémoire collective. Alors il prendra son appareil-photos ou bien son chevalet et ses pinceaux, et il l'immortalisera sur une pellicule ou sur une toile.

 Pour un autre, ce même paysage sera d'un ennui mortel et angoissant, et il aura hâte d'aller retrouver la foule des badauds d'un grand boulevard un jour d'affluence. Il s'y plongera avec autant de délectation que celui qui plonge dans l'océan un jour de canicule.

 

Pour l'œil du poète à l'âme romantique, il est clair que, entre ces deux extrêmes, l'image la plus attirante et la plus inspirante, est la plupart du temps le paysage champêtre. A contrario, ce même paysage peut devenir source de mélancolie, voire même de déprime pour celui ou celle qui ne supporte pas la solitude et que la confrontation avec la nature primitive angoisse beaucoup plus qu'elle n'apaise. Ce qui est généralement considéré comme source de guérison et de sérénité devient alors symbole d'angoisse. Et pourtant, selon la vision de l'un ou de l'autre, le paysage est le même. Ce n'est que le regard de l'homme sur lui qui change, selon son caractère, selon sa conception de la beauté, selon son vécu, selon son rêve.

 

Nous ne pouvons emprunter le regard de l'autre pour, pendant quelques instants, voir ce qu'il voit et comprendre alors ce qu'il ressent. Mais nous pouvons simplement essayer de changer de perspective, admettre que tout est sujet à interprétations diverses et tenter alors de regarder au-delà des apparences.

 

Martine

 

 



04/05/2009
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