L'aube fleurie

L'aube fleurie

Le serpent et l'alouette

 

 

 

LE SERPENT ET L'ALOUETTE

 

 

Le serpent dit à l'alouette : « Tu voles et pourtant tu ne peux pas visiter les recoins de la terre où la sève de la vie se meut dans un silence parfait. »

Et l'alouette répondit : « Oui, tu connais beaucoup de choses et tu es plus sage que toutes choses sages – dommage, tu ne peux pas voler. »

Comme s'il n'avait rien entendu, le serpent dit : « Tu ne peux voir les secrets des profondeurs, ni bouger au milieu des trésors de l'empire caché. Ce n'était qu'hier que je me reposais dans une caverne de rubis. C'était comme le cœur d'une grenade mure et le plus fier des rayons de lumière la transforme en une rose de flamme. Qui d'autres que moi peut voir de telles merveilles ? »

Et l'alouette dit : « Personne, personne d'autre que toi ne peut se reposer au milieu des mémoires cristallisées des siècles – dommage, tu ne peux pas chanter. »

Et le serpent dit : « Je connais une plante dont les racines s'enfoncent dans les entrailles de la terre, et celui qui mange ces racines devient plus beau qu'Ashtart. »

Et l'alouette dit : « Personne d'autre, personne d'autre que toi ne peut dévoiler la pensée magique de la terre – dommage, tu ne peux pas voler. »

Et le serpent dit : « Il y a une rivière pourpre qui coule sous une montagne, et celui qui en boit deviendra immortel comme les dieux. Sûrement, aucun oiseau ou bête ne peut découvrir cette rivière pourpre. »

Et l'alouette répondit : « Si tu veux, tu pourras devenir immortel comme les dieux – dommage, tu ne peux pas chanter. »

Et le serpent dit : « Je connais un temple enfoui, que je visite une fois tous les mois lunaires : il fut bâti par une race de géants oubliée, et les secrets du temps et de l'espace sont gravés sur ses murs, et celui qui les lit comprendra tout ce qui dépasse l'entendement. »

Puis le serpent fut dégoûté, et pendant qu'il se retourna pour pénétrer dans le trou, il marmonna : « Quel étourdi, cet oiseau chanteur ! »

Et l'alouette s'envola en chantant : « Dommage, tu ne peux pas chanter. Dommage, dommage, mon grand sage, tu ne peux pas voler. »

 

Khalil Gibran

 

 

 

 

 



09/01/2010
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