L'aube fleurie

L'aube fleurie

Les fruits de la terre

 

 

 

Sur un banc vermoulu qu’il avait négligé,

Un homme fatigué méditait sur sa vie.

Les cheveux poivre et sel, les tempes argentées,

Il avait mérité un bienheureux répit.

 

Du moins l’avait voulu ce patron anonyme

Qui pour baisser ses coûts et rentabiliser,

Se mit à licencier et offrir une prime

Aux séniors épuisés, très bientôt retraités.

 

Alors un peu perdu par ce calme soudain,

Sa montre  dans sa poche, oubliée, inutile,

Il pensait à la rue qu’il prenait le matin,

A l’entrée sous le porche, à ses dossiers en pile.

 

Admirant son verger habillé de printemps,

Qu’il avait bichonné à ses heures perdues,

Il se dit « Maintenant, je vais avoir le temps, »

Tout en pensant « Pourquoi la vie ne m’aime plus ? »

 

Voulant se consoler d’être là, tout pantois,

Il se dit « C’est très bien, un jeune va pouvoir

Enfin quitter les murs glacés du pôle emploi,

Il me remplacera, retrouvera l’espoir.

 

L’œil las, le dos voûté, il se leva du banc,

Décidant fièrement de voir le monde beau.

Mais quand il s’installa face au petit écran,

Très vite il déchanta en apprenant l’info.

 

Pour accroître le flot des devises dorées,

Le patron anonyme avait acquis pour peu

De modernes robots faciles à nettoyer

Et qui remplaceraient les départs bienheureux.

 

Alors il retourna sur le banc vermoulu.

Ce jour-là il fut vieux, sans plus de convictions.

Ce jour-là il se dit qu’il ne comprenait plus

Cemonde enchevêtré dans ses contradictions.

 

Contemplant une rose, il fit cette prière :

« Nature qui m’es chère, ne peux-tu pas un jour

Expliquer aux humains que les fruits de la terre

Ne peuvent pas mûrir sans l’eau de leur amour ?

 

 

 

 MP

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



06/08/2011
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