L'aube fleurie

L'aube fleurie

Oui mais...

Avez-vous jamais été confronté(e) à l’intention délibérée – je dis bien délibérée – de quelqu’un, d’être malheureux ? Vous savez… cette personne qui vous répond inlassablement « oui mais… », chaque fois que vous posez une main compatissante sur son épaule et que vous pointez un doigt optimiste sur chacune de ses réussites. « Tu vois, lui dites-vous, maintenant qu’il fait moins froid, tu vas pouvoir sortir te promener tous les jours. » Et vous l’entendez vous répondre : « Oui, mais il pleut tout le temps ! C’est vraiment démoralisant ce temps ! » « Maintenant  que tu as retrouvé du travail, tu vas pouvoir t’offrir ces petits plaisirs que tu te refusais hier », pourriez-vous dire encore. « Oui mais… vous répondra le (la) pessimiste, celui (celle) qui vivait à mes côtés s’en est allé (e). Pour qui, avec qui, aurais-je encore le désir de me faire plaisir ? »


Inutile de lui parler de vos propres malheurs pour tenter de le(la) détourner des siens et lui prouver que l’on peut s’en sortir vainqueur. Il (elle) vous répondra invariablement : « Oui mais… toi ce n’est pas si grave… » ou encore : «toi, ce n’est pas pareil…Inutile même d’évoquer la faim dans le monde, les guerres, l’esclavage des enfants, la précarité, le handicap… pour tenter de dédramatiser et de minimiser ce qui ressemble bien, effectivement, à de bien petites misères, au regard des grands malheurs de ce monde. Il (elle) vous répondra encore : « Oui mais… ».


La liste est longue de tous les « oui mais » que nous pourrions encore vous opposer. D’ailleurs, ne le formulons-nous pas nous-mêmes encore trop souvent  ? Incroyable le nombre de « oui mais » que nous prononçons au cours d’une vie, au cours d’une seule journée ! Et pourquoi agissons-nous ainsi ? Parce que, le plus souvent, nous attendons le bonheur d’une cause extérieure à nous-mêmes : du temps qu’il fait dehors, de l’attitude des autres…


Le bonheur se choisit. Le bonheur se créé. Le bonheur se construit. Observons un enfant : il ne regarde pas le ciel avant de sortir avec sa trottinette. Il s’élance spontanément vers ce plaisir simple qui va lui donner de la joie. Il ne se demande pas non plus quelle occasion lui sera offerte de rire dans la journée. Il rit de bon cœur, de tout et de n’importe quoi, sans intellectualiser ni poser le pour et le contre des choix qui se présentent à lui.


Vous me direz peut-être : « Oui mais… nous ne sommes plus des enfants. » Et je vous répondrai : « C’est bien là qu’est le problème, justement. » Et j’ajouterai : heureux ceux qui ont gardé leur âme d’enfant !


D’autres me diront peut-être : « Mais je n’ai jamais eu de véritable enfance, moi. » Et c’est bien là qu’est le deuxième problème : notre société de consommation, non seulement ne protège plus ses enfants, mais elle a tué leur innocence.


Deux moyens faciles et incontournables d’être heureux : préserver notre âme d’enfant et celle de nos propres enfants, en protégeant l’innocence et l’insouciance réservés à leur âge. C’est la base de tout, en ce monde – en tout cas est-ce ce que je crois – et nous ferions bien de nous pencher très vite sur la question, si nous voulons – mais attention, si nous le souhaitons vraiment – construire un monde meilleur.


Quand nous avons un toit au-dessus de la tête, à manger tous les jours, que nous pouvons aller et venir en toute liberté, que nous pouvons nous exprimer librement, sans craindre de représailles sanglantes, voire mortelles, nous avons un devoir de bonheur. Et là, vous m’opposerez sûrement un ultime : « Oui mais… comment peut-on être heureux quand on voit tant de gens malheureux autour de soi et dans le monde ? », ce qui est, d’une certaine manière, une saine réaction de compassion, mais qui ne résout rien pour autant.  Et je répondrai : « Ce n’est pas en s'interdisant le bonheur à soi-même que l'on peut rendre les autres plus heureux.


Au contraire, nous avons le devoir d’être heureux. Mais nous avons également celui  - et il est indissociable du premier - de partager un petit bout de notre bonheur avec les autres, principalement avec ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges que nous. Nous avons surtout le très important devoir d’être, chacun pour notre part, le créateur d’un monde meilleur, en rendant le bonheur accessible à tous.


Quand nous y réussissons, ne serait-ce qu’un tout petit peu, ceci ne représente d’ailleurs plus à nos yeux un devoir, mais bien un bonheur : le bonheur de partager le bonheur.

 

 

M



27/12/2012
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