L'aube fleurie

L'aube fleurie

Puisqu'ici bas toute âme...

Puisqu'ici bas, toute âme...


Puisqu'ici-bas toute âme 
Donne à quelqu'un
Sa musique, sa flamme, 
Ou son parfum ;

Puisqu'ici toute chose 
Donne toujours
Son épine ou sa rose
A ses amours ;

Puisqu'avril donne aux chênes 
Un bruit charmant ;
Que la nuit donne aux peines
L'oubli dormant ;

Puisque l'air à la branche
Donne l'oiseau ;
Que l'aube à la pervenche 
Donne un peu d'eau ;

Puisque, lorsqu'elle arrive 
S'y reposer,
L'onde amère à la rive 
Donne un baiser ;

Je te donne, à cette heure,
Penché sur toi,
La chose la meilleure
Que j'aie en moi !

Reçois donc ma pensée,
Triste d'ailleurs,
Qui, comme une rosée,
T'arrive en pleurs !

Reçois mes voeux sans nombre,
Ô mes amours !
Reçois la flamme ou l'ombre
De tous mes jours !

Mes transports pleins d'ivresses,
Purs de soupçons,
Et toutes les caresses
De mes chansons !

Mon esprit qui sans voile
Vogue au hasard,
Et qui n'a pour étoile
Que ton regard !

Ma muse, que les heures
Bercent rêvant,
Qui, pleurant quand tu pleures,
Pleure souvent !

Reçois, mon bien céleste,
Ô ma beauté,
Mon coeur, dont rien ne reste,
L'amour ôté !

 

 

Victor Hugo



28/06/2012
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