L'aube fleurie

L'aube fleurie

Urgence ?


 

 

Ca y est, la saison hivernale a démarré avec l'apparition des premiers froids. Les prés et les champs commencent à se couvrir d'une fine pellicule blanche scintillante qui donne à nos campagnes un air de pureté. Dans les rues et dans les yeux des enfants, fleurissent les étoiles et brillent les sapins, s'animent les automates sur fond de musique angélique.  On s'affaire, on s'exalte, l'espoir au coeur, pour préparer une belle fête de Noël qu'on voudrait symbolique. On dirait que le temps s'est arrêté, on voudrait qu'il se soit arrêté, et que pendant cette période bénie où la joie des enfants, pour nous, surpasse tout le reste, la souffrance, l'injustice, aient disparu ; que les vents retiennent leur souffle et arrêtent de provoquer des cyclones et des tsunamis ; que le soleil d'Afrique se mette un peu en retrait et accorde une place à la pluie pour qu'à nouveau poussent les céréales ; qu'au grand défilé des vêtements des âmes, les manteaux noirs de la haine, de l'autoritarisme, du racisme, du sectarisme, du fascisme, se désistent au profit des tuniques colorées de l'amour, de la liberté, de la justice, de la fraternité ; que le monde entier puisse se réjouir et s'aimer.

Malheureusement, nous savons tous que ce voeu là n'a aucune chance de se réaliser. Pendant que nous festoierons gaiement autour d'une dinde garnie et que nous trinquerons au bonheur d'être vivants et libres, d'autres continueront à regarder leurs enfants mourir ou à pleurer leurs parents persécutés, d'autres encore, plus près de nous, essuieront une larme parce que cette année, crise mondiale oblige, ils ne pourront pas offrir de cadeau à leurs enfants.

C'est pourquoi je ne comprends pas que les grands de ce monde, au sommet de Copenhague, n'aient pas encore réussi à trouver de compromis, s'agissant d'un grand projet qui nous concerne tous, absolument tous : la sauvegarde de la planète. Je conçois qu'il ne soit pas facile de réunir autant de pays aux traditions, religions et coutumes si différentes, voire parfois, diamétralement opposées, autour d'un projet de cette envergure. Mais si chacun des dirigeants, simplement, avait devant les yeux, au moment de trinquer devant le verre de l'amitié, l'image d'un enfant africain traînant son squelette sur le sable du désert, peut-être que les barrières se lèveraient plus facilement. Devant la réalité d'un être humain qui meurt de faim, de froid ou de soif, la ferveur des grands discours a autant d'impact que le cri d'un touriste égaré au milieu de la forêt vierge.

Bien sûr, il n'est pas question pour nous de nous culpabiliser à outrance, en toute occasion, et de gâcher ainsi notre belle fête de Noël. Parce que la fête de Noël, c'est la fête de l'amour. Vivons-là pleinement cette fête, donnons-nous vraiment, offrons notre coeur à ceux que nous aimons et plus encore. Mais de grâce, ne freinons pas l'oeuvre de ceux qui, inlassablement, travaillent à notre survie, ne mettons pas en doute leur intégrité, leur légitimité, leur utilité. Au contraire, montrons-leur que leur engagement nous intéresse, nous motive, nous encourage à agir.

Car il ne s'agit pas là d'un caprice de la mode mais bel et bien de notre survie. Il ne s'agit pas non plus de peur mais d'oser regarder la réalité en face en gardant la certitude que nous pouvons encore agir. Alors, resterons-nous assis là sans rien faire, à regarder les autres mourir en attendant notre tour ? A ceux qui pensent que l'impact sur l'environnement d'un individu lambda est dérisoire, je répondrais encore et toujours et inlassablement par cette légende amérindienne :

 

« Un jour, il y eut un immense incendie de forêt.

Tous les animaux, terrifiés, atterrés, observaient, impuissants, le désastre.

Seul le petit colibri s'activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec, pour les jeter sur le feu.

Après un moment, le toucan, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit :

Colibri, tu n'es pas fou ?! Tu crois que c'est avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu ?

Et le colibri lui répondit :

Non, mais je fais ma part. »

 

« La part du colibri »  Pierre Rabhi (Ed de l'aube)

 

 

 

 

 

 

 




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