L'aube fleurie

L'aube fleurie

Vieillir

Défi d'Evy n°246 : Vieillir

Mots à insérer :

Regarder, regret, antan, importe, jour, terrible, pimenté, vague, tumultueuse, mirage

 

 

    Vieillir… qu’est-ce que vieillir ? Ce mot m’est étranger. Je ne me sens pas vieillir. Bien sûr, au fil du temps sont apparues sur ma peau quelques « lignes », ainsi que le plus jeune de mes petits-fils les a nommées un jour pour la première fois : « Dis, mamie, pourquoi tu as des lignes sur le front ? » Les enfants ont parfois de ces mots attendrissants qui vous font considérer votre âge comme un cadeau.

 

    Bien sûr, sont aussi apparus les cheveux blancs, le premier étant le plus terrible de tous. Vous qui me lisez, Mesdames, vous ne me contredirez sans doute pas. Sourire. Pour ma part, je n’ai pas encore renoncé à colorer ma parure d’hiver dans les tons automnaux. Oui, c’est vrai, tout ceci n’est que mirage, car les blancs sont bel et bien là, ils sont seulement habillés. Mais plus j’y pense et plus je me dis que ne pas le faire serait mirage aussi, car mon cœur lui, émotionnellement parlant, est resté le même, il n’a pas vieilli. Certes, en tant qu'organe physiologique dont les pulsations président au bon fonctionnement de tous les autres, il bat peut-être un peu trop vite. Effet des épreuves traversées où parfois il s’est arrêté un demi-temps de trop. Mais il est toujours là. Fidèle au poste. Il témoigne chaque jour de ma rage de vivre, de ma force sous-jacente, de mon espoir toujours intact, inébranlable. La vague tumultueuse de ma destinée n’a jamais submergé le roc de mon enthousiasme et de mon énergie pour la vie.

 

    Quand il m’arrive de retourner en arrière, maintenant c’est uniquement pour regarder sereinement tous les obstacles que j’ai vaincus, tous les défis que j’ai relevés (y compris les défis d’Evy, sourire), tous les combats que j’ai gagnés. Et je me dis : voilà, ma petite, il te fallait vieillir pour en prendre conscience et t’en réjouir. Ça vaut bien quelques rides et cheveux blancs, quelques grincements d’articulation, quelques court-circuits auditifs...

 

    On ne se rend pas toujours compte des bienfaits de ce que l’on vit au moment ou on le vit, surtout quand il s’agit d’épreuves désagréables, mais avec le recul, on réalise qu’il ne pouvait en être autrement. Tout est à sa juste place dans le grand canevas de notre vie.

 

    C’est ainsi qu’aujourd’hui, quand je regarde en arrière, je n’ai aucun regret. Les souvenirs d’antan sont de petits points de croix sur le canevas de ma vie. À leur juste place. Là où ils devaient être. La maquette n’est pas terminée. Nul ne sait quand elle le sera ni si elle le sera. Mais je continue de broder, avec le même enthousiasme et la même énergie qu’avant. Peut-être même plus d’énergie qu’avant. Car mon canevas est à présent pimenté de toutes les couleurs, mes couleurs, celles que j’ai réussi à assembler en un entrelacement de fils bien serrés, lesquels peuvent toutefois être desserrés à tout moment si le désir m’en prend. Et puis surtout, rien maintenant ne peut m’arrêter, ni la peur, ni les regrets, ni les remords, car je me suis libérée de ces chaînes qui me retenaient de vivre pleinement.

 

    À présent je me pose la question, mais sans inquiétude ni regret, juste par jeu : que signifie « vieillir » ? Pour moi, vieillir c’est simplement traverser le temps. Avec une âme sans âge, intemporelle. Une âme qui s’amuse et qui aime s’amuser. Une âme qui rit, qui chante, qui danse, qui ressent et qui exprime. Une âme délestée des contraintes de la vie travestie et masquée. Une âme habitant un corps qui se métamorphose sans arrêt. Et cette métamorphose perpétuelle offre l’occasion de découvrir d’autres sensations, d’autres horizons, d’expérimenter d’autres choses.

 

    Vieillir c’est l’opportunité de vivre d’autres facettes de son existence, elles-mêmes enrichies de l’expérience, l’âme renforcée par les combats, mais toujours aussi tendre si l’on veut qu’elle le soit.

 

    Vieillir c’est expérimenter la meilleure occasion de voir la vie sous son angle le plus beau. Toujours plus beau. Chaque jour un peu plus.

 

    Vieillir c’est, aujourd’hui, planter l’aiguille dans le canevas de la même façon qu’hier, le souci du résultat en moins.  On sait qu’on n’a pas brodé la tapisserie d’Aubusson, mais peu importe. Maintenant on s’en moque. Car on a brodé la nôtre, et c’est ça l’important.

 

Vieillir, mes amis... est un cadeau !   

 

MPV 

 

 

 

 



31/12/2019
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